Qu’est ce que le Rock Progressif ?

Ok, on se croyait dans un blog photo, mais bon un blog on y met ce qu’on veut, hein.

Pour en revenir au titre de cet article, voici une question maintes fois posée, et pour laquelle autant de réponses différentes ont été formulées. Cette difficulté à définir ce style de musique est d’autant plus étonnante que lorsqu’on en est un amateur éclairé, la question de ne se pose guère : d’instinct, on classe telle ou telle musique dans le mouvement.

Quoique.

C’était vrai il y a quelques années, mais aujourd’hui ? il faut bien admettre que depuis le début des années 2000 (environ), il s’est opéré au sein de la musique pop, rock, indé, un mélange des genres sans précédent. Autrefois, on pouvait trouver des « composantes » progressives dans le métal, dans le jazz, dans la musique synthétique, parfois dans la pop ou dans le « adult-rock » américain. La difficulté à classer tel ou tel groupe dans la mouvance prog se limitait donc à quelques cas : les plus classiques étant Supertramp, Pink Floyd, Barclay James Harvest pour la branche « pop » par exemple (j’y ajouterais volontiers ELO).

(ci-dessus : A Sarlat en 2000, le groupe « The Watch », très très très inspiré par le Genesis des années Peter Gabriel, avec ses maquillages, sa voix… le progressif est un genre qui donne lieu à beaucoup de « tributes ». Photo prise avec un petit Canon S20, bien à la peine avec si peu de lumière !).

Mais aujourd’hui, les cartes sont plus que jamais brouillées. Le Mellotron, engin spécifique du prog, s’entend dans maints albums de rock indépendant. Les chœurs, les morceaux de plus de 7 ou 8 minutes, l’adjonction d’instruments classiques ou anciens, les changements de rythme, les envolées lyriques, tous ces ingrédients propres au progressifs se retrouvent maintenant dans des productions qui ne revendiquent pas cette étiquette.

Ceci, pour le plus grand bonheur des aficionados du genre prog, d’ailleurs : après vingt ans de mépris – grosso modo de la fin des 70′s à la fin des 90′s – le progressif se voit de plus en plus cité comme influence ou composante de groupes majeurs du moment. Et ce que l’amateur de prog recherche, il n’a pas besoin de le trouver sous telle ou telle étiquette : au contraire, pour beaucoup d’entre nous l’un des plus grands plaisirs est de trouver au détour d’un morceau « hors du circuit » une saveur progressive : je me souviens, en particulier, de la reprise Ô combien progressive de « Eloise » par les Damned ! Un quart d’heure de bonheur. Un autre exemple plus récent est le gigantesque « Again », de Archive…

Dans ce qui précède, une partie de la réponse à la question « qu’est ce que le rock progressif » a été apportée, via l’énumération d’ingrédients typiques.

Cependant, cette liste doit davantage être considérée comme « symptômatique » : d’ailleurs, les groupes qui pour « faire du prog » se contentent de juxtaposer ses signes cliniques (morceaux de 10 minutes, changements de climats incessants, Mellotron à toutes les sauces, flutiaux, etc) sont légions mais produisent bien souvent une musique fade et ennuyeuse. Or, c’est précisément la recherche inverse qui motive le fan de prog : lassé de la musique commerciale qu’il trouve ennuyeuse et manquant de souffle, il recherche un choc esthétique, il veut écouter de « grands morceaux passionnants ». C’est probablement ainsi qu’on pourrait le mieux définir le « prog » : de grands morceaux passionnants.

Ce qui implique une construction narrative de la composition plutôt que « couplet / refrain » : d’où des morceaux plutôt longs avec des changements de ton, de rythme. Le côté passionnant peut aussi venir d’une recherche de sons, d’ambiances inédites et sans cesse renouvelées : d’où, la tendance à inclure des instruments différents, ou empruntés au classique. La passion vient aussi, souvent, du « souffle épique » qui est insufflé : d’où l’abondance de chœurs, d’envolées symphoniques, de synthétiseurs, d’effets.

Naturellement, pour que tout ceci fonctionne, il faut une vraie inspiration. Si les compositeurs ne sont pas habités par ce souffle qu’ils veulent créer, alors on n’obtient qu’une pièce montée indigeste, l’une de celles qui a contribué à ce que le prog soit souvent affublé de sobriquets peu amènes : boursouflures, pompe, prétention. La frontière est mince entre « l’Art-Rock » et le « Pomp Rock » !

A la lecture de ce qui précède, certains musiciens ou amateurs de prog pourraient considérer qu’une seule « branche » du prog a été évoquée, celle du rock symphonique des 70′s à la Genesis, Yes. Cette « branche » est indéniablement la plus classique, la plus emblématique – celle, d’ailleurs, qui est la base du « néo-prog », renaissance du mouvement dans les années 80. Il est vrai que beaucoup de groupes de prog se sont illustrés dans des genres très différents, refusant le symphonisme par exemple, ou se rapprochant fortement du jazz.

(Ci-dessus : lors du même festival à Sarlat en 2000, des survivants du progressif des seventies, les très théatraux Ange. Au premier plan, le chanteur Christian Descamps. Aux claviers mais pas sur la photo… son fils.)

Comment, dans ces conditions, un groupe « reste » t-il dans le cadre prog ou au contraire, s’en éloigne ? Sachant, naturellement, que cette « classification » ne concerne guère que les auditeurs (qui ont besoin de situer les groupes par rapport à leur désir d’écoute) tandis que les musiciens eux-mêmes ne se posent pas la question !

Là, se concentre toute la difficulté de la définition. Des groupes très jazzy, à la musique beaucoup plus abstraite que narrative comme Caravan ou Soft Machine, sont progressifs. Le mouvement RIO (Rock in Opposition), très cérébral et loin du lyrisme et de l’émotion directe, est prog…

Finalement, il semble que parmi les constantes du progressif figurent, en bonne place, le caractère cérébral et émotionnel de la musique, et le désir d’élévation : on écoute pas du prog pour passer le temps ou en fond sonore, on en écoute comme on lit un bon livre. Celà suppose un brin de complexité dans la composition, et une dose suffisante d’ingrédients pris parmi tous ceux qui ont été cités.

Finalement, le prog, c’est sans doute cela : une musique très écrite, très pensée, construite, dont les composantes basiques sont celles de la pop (instruments, rythmes, harmonie) auxquelles s’ajoute tout ou partie des éléments suivants : recherche d’emphase (pour le rock symphonique), recherche de cérébralité ou de complexité virtuose (ELP…), recherche de narration théatrale (Ange…), recherche d’innovation et de surprise dans l’écriture. Et, grosso modo, plus un groupe combinera ces éléments, plus il s’inscrira dans le mouvement prog.

Pour finir, je suis sûr que certains d’entre vous (en supposant que quelqu’un d’autre que moi ait lu ce post) se posent la grande question : Supertramp et Pink Floyd, c’est du prog ou pas ?

Bonne question… je pense que si ces deux groupes n’ont pas été naturellement rattachés au mouvement, c’est parce que « à l’époque », donc dans les années 70, le progressif était encore un genre assez « pur » : il y avait la mouvance ultra théatrale de Genesis, Yes, Ange, Gentle Giant, le prog alambiqué et pompeux de ELP, le prog jazzy de l’école de Canterbury. Aucun ne faisait une musique facile à écouter, le prog des années 70 n’était pas une musique qui « glissait » toute seule. Or, Pink Floyd comme Supertramp faisaient une musique qui certes empruntait à de nombreux codes progressifs – longueur des morceaux, symphonisme, qualité de l’écriture – mais visaient avant tout un confort d’écoute et une grande accessibilité. Ce n’était clairement pas assez complexe, pas assez cérébral, pas assez narratif, c’était trop « cool ».

Mais compte-tenu des hybridations observées dans les courants musicaux depuis dix ou quinze ans, nul doute qu’aujourd’hui, un groupe comme Pink Floyd serait catalogué progressif – et d’ailleurs, l’une des formations prog les plus populaires du moment est à la limite du tribute floydien : RPWL.

EDIT : à la réflexion, la meilleure définition du Rock Progressif tient toute entière dans un seul morceau, « Poisoned Youth » de England (1977, album « A Garden Shed », tout entier sublime et sans doute mon album fétiche). Par bonheur, « A Garden Shed » est en écoute gratuite sur Last.fm ! Il existe un site http://www.gardenshedmusic.com qui fait vivre cet album sublimissime et mythique dans la communauté prog.

~ par renaudbb le 10 juillet 08.

3 Réponses to “Qu’est ce que le Rock Progressif ?”

  1. J’ai appris plein de choses ;-)

  2. It’s amazing

  3. Bonjour! Très intéressant sujet et brillante argumentation! Définir le rock progressif… autant essayer d’emprisonner l’eau dans ses mains!!!
    Je me doutais bien que rbb n’avait pas totalement renoncé à sa passion pour le prog!
    Raelle (qui a pour avatar, sur certain forum de RP, le merveilleux abri de jardin) ;-)

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