Coup de gueule : Mais que reste t-il aux cinémas ?

Aujourd’hui, créer chez soi un home-cinéma pouvant concurrencer les conditions de visionnage d’une bonne salle reste cher. Il faut un équipement sonore adéquat, et la taille d’écran la plus répandue, 107 cm de diagonale pour un écran au format 16/9ème, malgré la haute-définition, ne peut rivaliser en termes d’immersion avec une projection au cinéma. Mais les dalles de grande tailles se démocratisent. Une grande télévision de 84 cm au format 4/3, il y a dix ans et avec de grosses bandes noires, offrait une surface utile pour les films près de quatre fois inférieure à celle d’un 42 pouces : la progression ne sera sans doute pas aussi spectaculaire dans les dix prochaines années (hormis en vidéoprojection), mais les 50 pouces (127 cm) deviennnent plus accessibles avec l’arrivée du LCD sur ces diagonales. Les rares et coûteux plasmas reignent en maîtres sur les diagonales de 60 pouces et davantages, mais gageons que, soit en LCD soit via de nouvelles technologies, ces dimensions deviendront elles-aussi envisageables pour davantage de monde à moyen terme. Nous n’aborderons pas la question de la vidéoprojection : bien que plus accessible techniquement et financièrement, elle reste beaucoup plus contraignante à mettre en place qu’un téléviseur et ne représente pas le plus grand danger pour les salles obscures. Mais quid des grands écrans plats ? On peut imaginer les arguments d’un cinéphile attaché à la projection traditionnelle. Ambiance de la salle. Présence du public. Immersion. Qualité du son, taille de l’image. Démarche. Mais qu’en est-il réellement, lorsque l’on confronte objectivement une bonne salle d’aujour’hui avec une installation personnelle qualitative ?…

Une salle de multiplex récente, confortable, comparée avec un équipement haut de gamme – appelé, donc, à se démocratiser : grande diagonale de 60 pouces, lecteur HD, amplification et restitution en 5.1, distance convenable du canapé – plutôt 3 mêtres que 4, on y reviendra. Le souci pour être sensible à ce qui va suivre, c’est qu’il faut avoir essayé. Plusieurs fois. Intuitivement, difficile d’admettre que l’immersion sur un téléviseur, dans son salon, puisse rivaliser avec celle procurée par une salle dédiée équipée d’un écran de vingt mêtres de large. Dans la réalité, l’immersion est non seulement comparable, mais meilleure dans beaucoup de cas, n’en déplaise aux exploitants. Pire : les conditions de visionnage au cinéma se dégradent et par différence avec ce que l’on peut obtenir chez soi, sont de moins en moins tolérables. Comme aux USA, la salle de cinéma n’est plus un sanctuaire silencieux; même pour des films de qualité, projetés dans des établissements comme le Comoedia à Lyon qui est proche de l’art et essai, on doit supporter des gloussements déplacés, qui s’ajoutent aux odeurs envahissantes de parfum et aux coups de pieds dans le dos du siège. Le réglage du son ou des projecteurs est parfois approximatif, comme pour le récent « Gran Torino » au Comoedia toujours avec une image d’une netteté relative prise de soubresautss latéraux – bonjour le mal de tête pour lire les sous-titres. Engoncés dans un fauteuil où il faut cohabiter avec son manteau, on espère ensuite ne pas voir surgir un géant devant soi, venant gâcher un peu plus le spectacle pour lequel on a payé près de 10 euros – un des rares produits culturels qui a augmenté en euros constants. Tout ceci ne serait pas grave si, en contrepartie, le visionnage sur grand écran et avec des hauts-parleurs de partout ridiculisait ce que l’on peut obtenir à la maison. Hélas, il n’en est rien. Sur un bon plasma 60 pouces, donc, l’image HD – et même en simple HD Ready – est infiniment plus détaillée, contrastée, riche que l’image cinéma. C’est la qualité du master numérique, avec le moindre de ses détails, qui est devant nos yeux, à comparer avec la n-ième copie douteuse que l’on nous sert. En HD, le moindre cheveu, le moindre grain de peau, les détails d’un tapis d’orient nous sautent aux yeux. Certains pensent que l’apport de la HD n’est pas aussi flagrant que celui du DVD par rapport au VHS : c’est totalement faux, sur de très grands écrans. Le DVD sur petit écran, c’est net mais c’est du petit écran. Pas d’immersion. Le DVD sur grand écran, c’est mal défini. C’est déjà mieux, mais on sent le flou. En HD, le rapport diagonale / distance (si l’on prend soin de se rapprocher de la dalle) se rapproche de celui dont on bénéficie au cinéma, mais avec une richesse de détails très fortement supérieure. Le son que l’on peut obtenir chez soi est très comparable à celui d’une salle de cinéma : avec un caisson de basses, il est même possible d’avoir une ambiance sonore bien plus oppressante pour un film d’action par exemple. Cette qualité du son et de l’image, on en profite délicieusement étalé sur un canapé, avec tout le confort dont on peut bénéficier à la maison (de toutes natures…). Alors, évidemment, de temps en temps, on se dit : allez, celui-là, il « mérite qu’on aille le voir au cinéma » ! Alors on va en ville, on se gare, on paie sa place. Et là, on se met où on peut. Une grosse dame trop parfumée vient squatter le siège d’à côté, d’où l’on doit enlever pulls et manteaux. Un type s’assoit devant, un peu trop grand. L’image n’est pas si géniale que ça, les sous-titres sont moins lisibles que sur le petit lecteur multimedia de la maison. Et là on se dit : mais qu’est ce que je fous là ?

~ par renaudbb sur 2 mars 09.

Une Réponse to “Coup de gueule : Mais que reste t-il aux cinémas ?”

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