Petit dialogue amusant autour du piratage.

– Tonio, si je vais à Carrefour et que je pars en courant sans payer avec un caddie rempli de nourriture que je distribue gratuitement aux passants, c’est mal n’est-ce pas ?
– Oui, car la nourriture va manquer dans le magasin, ce n’est pas comme le piratage qui ne soustrait pas de CD à un magasin ! Quand on met de la musique sur le P2P, on la duplique, on partage la culture !
– D’accord. Alors, Tonio, si je vais dans un magasin de disques, que j’achète le dernier Michael Jackson (RIP), que je le copie en 1000 exemplaires et que je vais les vendre sur le marché, je la duplique aussi et je diffuse la culture ?
– Non, car certes, tu n’as pas subtilisé de bien matériel à un magasin, mais tu fais du profit en revendant une création qui n’est pas la tienne ! Ce n’est plus du partage !
– Mhhh, je vois. Donc si je résume : Partager gratuitement un bien que l’on a volé dans un magasin, c’est mal parce que le magasin est dépossédé du bien. Partager vénalement quelque chose que l’on a dupliqué sans en avoir les droits intellectuels, c’est mal parce qu’on gagne de l’argent avec. Mais partager gratuitement quelque chose que l’on a dupliqué sans avoir ces droits, c’est bien ?
– Euh… oui…. Ça partage la culture quoi, répond Tonio qui sent que le truc lui échappe.
– Mais Tonio, tu es d’accord avec le fait que par définition quelque chose est illégal s’il porte préjudice à une personne, morale ou physique ?
– Oui…
– Ce qui veut bien dire que si un acte est illégal parce qu’il porte préjudice à quelqu’un – en l’occurrence aux créateurs – le fait d’en tirer ou non un bénéfice ne change pas grand-chose…
– (Un silence). Oui mais rien ne dit que le P2P fait baisser les ventes ! Assène Tonio heureux d’avoir trouvé une échappatoire.
– Ah, dans ce cas pourquoi punir ceux qui font du profit en dupliquant les CD, si ça ne porte pas préjudice aux créateurs ?
– Euh… je ne sais pas… je ne sais plus…
– Eh oui, Tonio, c’est tout le problème. Si le piratage est répréhensible quand il est fait pour de l’argent, il l’est dans le meilleur cas seulement un peu moins lorsqu’il n’a pas cet objectif. Et malheureusement, pour les internautes la visée du P2P n’est pas le partage de la culture… mais le troc de biens immatériels dont on ne veut pas payer les droits. Le profit est bien là, puisqu’en échange de ses fichiers piratés on en obtient d’autres. Et je ne parle pas de ceux qui gagnent de l’argent en servant d’intermédiaires comme ces suédois qui vont bientôt découvrir le charme de leur P2P personnel : Prison to Prison…

~ par renaudbb sur 26 juin 09.

6 Réponses to “Petit dialogue amusant autour du piratage.”

  1. Il me semble que Tonio part du principe que la culture se partage gratuitement. Alors, si j’ai bien compris lorsque tu lui poses comme question « Ah, dans ce cas pourquoi punir ceux qui font du profit en dupliquant les CD, si ça ne porte pas préjudice aux créateurs ? »
    Dans sa logique ne devrait il pas penser que vendre quelque choses qui devrait être gratuit comme de l’arnaque, et donc répréhensible ?

    • Jérôme : Remarque intéressante, tu as raison, car le « lésé » dans sa logique serait alors l’acheteur du CD pirate. Ceci étant dit, j’ai parlé de Cd dupliqués, donc avec une part matérielle : sur les marchés italiens, tu paie trois sous un faux CD de Céline Dion et ce que tu paie finalement, c’est le prix du support plus une marge pour le pirate. Si l’on distingue l’aspect support de l’aspect droits, mon raisonnement retombe sur ses pattes🙂

  2. a la différence qu’on ne porte pas préjudice à un artiste puisque le pognon va dans les poches de la maison de disque …

    cette discussion la peut très bien etre mise à l’envers c’est du n’importe quoi.

    L’immatériel est par définition non quantifiable. Partage un bien immatériel ne porte préjudice à personne puisque l’artiste ne perd rien et n’y gagne rien. On peut porter l’hypothèse que les gens qui piratent n’auraient pas acheté le CD de toute manière.

    Donc ton dialogue ne tient pas debout à partir du moment ou tu donnes le postulat que partager de l’immatériel porte préjudice il est évident que le piratage parait odieux mais aucune preuve actuelle ne montre ou démontre.

    Si l’industrie du disque ne vend plus c’est parce que les gens ne sont pas prêts à acheter si cher de la musique surtout depuis qu’elle est gratuite sur internet (deezer & co).

    L’industrie de la musique a évolué mais les maisons de disques n’ont pas évolué. Ceux qui portent le plus de préjudice aux artistes sont les maisons de disques qui ne font pas leur boulot ! Elles restent planquées derrière le bureau en choisissant l’option de la facilité « c’est la faute aux autres » au lieu de se remettre en question et d’opter pour une distribution différente.

    A terme de toute manière, les maisons de disques devront disparaitre elles n’ont plus lieu d’être.

    Si on prend le cas des films, 2008 a été l’année la plus prolifique pour le cinéma ! pourtant elle a été l’année où il y a le plus de piratage.

    Quant aux jeux vidéo c’est un autre problème. La France est championne d’europe de piratage sur les jeux pour la simple raison qu’on nous prend pour des vaches à lait à vendre des jeux 60€ alors qu’ils sont à 30 ou 40€ chez nos voisins.

    J’achète maintenant tous mes jeux sur Play.com, ca me fait chier de donner mon argent à un pays surtout l’Angleterre plutôt que de participer à l’économie de mon Pays, mais je suis dans un pays de merde où l’état et les grands groupes nous prennent pour des cons. Faut pas s’étonner que certains piratent !

    • FeeltheWay : j’ai pris soin de préciser créateurs donc artistes ET éditeurs. De plus le « pognon » va tout autant aux artistes qu’aux éditeurs sur un CD puisque la marge d’exploitation d’un label est en général inférieure à la part reversée aux créateurs.
      Quand à ta phrase « partager un bien immatériel ne porte préjudice à personne », elle est bien évidemment fausse. Pour t’en convaincre, oublie l’exemple trop politisé du CD et prend une étude réalisée par un cabinet d’ingénieurs ou d’architectes, que ceux ci commercialiseraient contre rémunération à des sociétés tierces. Un employé le copie et l’envoie gratuitement à toutes les sociétés qui auraient éventuellement pu être intéressées. Ton raisonnement tient il toujours ? Evidemment non, et il n’y a aucune différence entre un travail intellectuel rémunéré par royalties et un autre. C’est du temps et du talent investi dont on attend un retour sur investissement. Le seul, l’unique contre-argument qui pourrait tenir la route – il n’y en a aucun autre – serait d’arriver à démontrer que le piratage n’entraine AUCUNE diminution des revenus des ayant-s-droits, ce qui est non seulement impossible à prouver, mais évidemment illusoire.

  3. Illusoire ? lol

    Ce qui est illusoire c’est de croire que ceux qui piratent une musique ou autre aurait acheté l’oeuvre s’ils n’avaient pas pu se la procurer gratuitement. Les gens peuvent s’en passer mais l’avoir gratuitement pourquoi pas.

    Ce n’est pas ceux qui téléchargent qui sont fautifs mais ceux qui mettent à disposition !

    Si tu trouve un billet de 500 par terre tu le gardes …

    • 1) Bien entendu. Le fait de ne pas utiliser ce que l’on s’approprie indûment ne change pas le caractère illégal de la chose. De plus, le problème concerne le fait qu’a cause du P2P, beaucoup de gens n’achètent plus ce qu’ils auraient acheté s’ils ne pouvaient pirater, ou moins. Il y a donc bel et bien un manque à gagner pour les ayant-droits, outre le fait que si tu te mets à la place d’un musicien qui espère vivre de sa musique, voir que tout le monde peut s’approprier l’intégrale de ses disques sans dépenser un sou doit être particulièrement flippant.

      2) en P2P, principal dispositif visé par Hadopi, ce sont les mêmes par définition.

      3) Qu’en sais-tu, me concernant ? Je le garde s’il est certain qu’il est perdu pour son propriétaire. Mais s’il y a une chance que je puisse trouver à qui il appartient, non, je ne le garde pas. Et j’avais un grand-père plombier qui était près à traverser une ville pour rendre un trop perçu à des clients qu’il ne reverrait jamais. Il y a des valeurs qui, sans doute, se perdent.

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