Pour en finir avec « Inception »

Un article américain amusant montre que les idées d’Inception n’avaient pas grand chose de nouveau puisque déjà présentes dans une bande dessinée de … Picsou. Cette découverte cocasse m’a donné envie de revenir rapidement sur les raisons qui me font trouver ce film terriblement surestimé. Dans un tel film, les différentes composantes sont : la réalisation et les effets spéciaux, l’ingéniosité du scénario et du concept, le suspense et l’action, et enfin l’attachement aux personnages ou aux enjeux, qui permet de s’impliquer. Ce qui est terrible, c’est que je trouve que Inception est mauvais dans tous ces domaines. La réalisation est tout à fait convenable (mais les gros films hollywoodiens en sont tous là), mais les effets spéciaux sans intérêt : passé la surprise des « torsions » de l’espace dévoilés dans la bande annonce, rien de nouveau sous le soleil et cet effet ne va pas plus loin que ladite bande annonce. A ce titre, la réalisation et les effets d’un Day After ou d’un 2012 par exemple, enterrent Inception. On a beaucoup glosé sur l’intelligence et la profondeur du concept d’imbrication des plans de réalité liée au sujet même du film. Hélas, outre le fait que l’idée était donc déjà dans Picsou, si l’on y réfléchit bien le résultat final est essentiellement un gros gloubi-boulga prise de tête, qui aurait pû être intéressant si Nolan n’avait pas tiré progressivement son film vers le film d’action ratata-ratata ça pétarade de partout. Là encore, un Shutter Island avec le même diCaprio est nettement plus intéressant dans la réflexion qu’il fait naître sur le concept de réalité. J’en arrive aux deux points qui me semblent les plus négatifs du film : pour que l’action pétaradante d’un film ait un intérêt, il faut soit qu’elle soit magistrale, novatrice et percutante, soit qu’elle prenne sa valeur de l’implication du spectateur dans le devenir des protagonistes ou de l’enjeu. Or, très franchement, Inception parvient-il à créer dans notre esprit un véritable enjeu ? A t-on quelque chose à fiche de ce qu’il va advenir des « héros » ? L’histoire d’amour nébuleuse avec Cotillard nous fait-elle vibrer un seul instant ? A l’extrême fin du film (spoiler !), on est censé se demander si l’on est encore dans le rêve ou la réalité, sauf qu’on s’en fiche royalement, on émet un petit sourire en coin sur le côté astucieux de la manière dont la « question » est posée, et ça s’arrête là. Le problème d’Inception est donc qu’il n’arrive pas à choisir son camp, son style. En virant à l’action pure (l’interminable et fatigante scène dans les neiges…), il sort le spectateur de la construction intellectuelle et ne joue pas l’énigme. En ne creusant pas la psychologie ni l’affect des personnages il nous désintéresse de leur sort. En limitant les effets spéciaux et la réalisation à ce qui est déjà dévoilé dans la bande annonce, il nous déçoit sur le spectaculaire. Inception ne réussit pas le pari de Matrix : combiner un scénario malin, une esthétique et une réalisation novatrices, et des enjeux qui nous motivent. Nolan est dépassé par son sujet : comme pour Dark Knight, dont il perd le contrôle au troisième tiers faute de discipline scénaristique, le réalisateur gâche son point de départ parce qu’il ne maîtrise pas lui même les concept qu’il met en place et qu’il oublie les bases : un film n’est pas un clip, c’est une histoire de chair et de sang qu’on raconte. Là, il y a le sang, mais il n’y a pas la chair.

~ par renaudbb sur 24 novembre 11.

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